La Rencontre de Balto et Boris.

Participation au concours d’Eztia.

 

 

L’hiver approchait. Les grandes toundras de Sibérie étaient déjà couvertes de neige, et les oies, partaient pour le doux bord de mer d’Amérique. Comme chaque année, ce groupe d’oie russes allait entamer sa traversée du détroit de Béring, le périlleux passage de la mère Russie à la folle Amérique.

« Je n’aime pas migrer tous les ans, pourquoi on ne resterait pas sagement à un même endroit tranquillement tous les ans ? » se plaignait Boris, toujours à la traîne du groupe.

« Arrête de gindre, tu es pire qu’un roman à la Dostoïevski » lui répondit une première oie.

« Nos ancêtres l’ont toujours fait, on l’a toujours fait, c’est dans l’ordre des choses. » répond une seconde.

« Peuh ! On pourrait rester en Russie, et aller dans endroit plus agréable, au bord des mers chaudes comme le faisaient les Romanov ! Plutôt que de traverser cet Alaska perdue. » Renchérit Boris. Mais personne ne daignait lui répondre.

Enfin au loin, les oies pouvaient apercevoir le détroit : cette grande étendue d’eau qui séparait les deux plus grands continents de la planète. Mais le temps semblait se dégrader fortement.

« Andreï, on ne devrait pas traverser c’est trop dangereux ! » s’exclama une oie au meneur.

« Molchaniye* ! »

*silence !

Sous l’impulsivité du meneur, le groupe entama la traversée mais le temps se dégradait très vite : la visibilité diminuait, le vent se levait, avec des rafales cisaillantes et glacées venant tout droit du pôle. D’épais nuages obscurcissaient les oies et elles ne savaient guère comment gérer cette situation. Aucune d’entre elles n’avait la puissance d’aller au-dessus des nuages, et voler trop bas les confrontaient au risque de se faire happer par la houle.

Puis, ce fut la tempête, et le drame. Le vent était trop violent, la visibilité quasi-nulle, impossible de continuer le vol, les oies disparaissaient une à une de la formation initiale dans la mer glacée. Puis, Boris senti lui aussi que ses forces l’abandonnait, puis, il lâcha prise, poussé à bout. Le vent l’emporta violemment, il perdait en altitude, toute tentative de planer était veine, puis il avait perdu suffisamment d’altitude pour voir la mer déchaînée à ses pieds. Puis, un choc, et Boris perdit connaissance.

 

 

Le lendemain, Boris se réveilla sur un amas de neige. Le temps était très clair, pas un nuage, et la neige immaculée scintillait autour de lui. Il était sur le toit d’un navire, échoué sur la berge. Un grand nombre d’humains étaient regroupés autour du bateau, le fouillant. Boris avait probablement atterri sur le navire qui était lui aussi pris dans la tempête, et avait fini sa folle course sur la berge.

Boris tenta rapidement de s’enfuir, les humains ne le rassurant guère, d’autant plus qu’ils étaient pour la plupart accompagnés de chiens. Mais au moment de prendre son envol, Boris pris peur : il était tétanisé par l’idée de s’envoler de nouveau, traumatisé par l’expérience de la veille. Désorienté, il n’y prêta pas plus d’attention et fila à pattes du bateau vers la forêt.

Après quelques minutes de course folle, il s’arrêta au pied d’un sapin, mit ses ailes sur sa figure, et se calma. Il avait à présent le temps de penser, de réfléchir à ce qui s’était passé, et sur l’avenir.

Après quelques minutes il senti une morsure sur son aile. Boris cacarda bruyamment, avant de voir un petit louveteau qui ne lâchait pas prise.

« Lâche moi sale petite bête ! »

Boris se dandinait et secouait son aile et le petit lâcha finalement prise. Mais revint à la charge.

« Ouh là petit je suis pas bon à manger moi ! Pas nourriture ! Pas morsure ! »

Le louveteau s’arrêta et le regarda.

« Pourtant tu ressembles à ce que maman me donne.»

« Oui peut-être mais moi je suis spécial. »

Le petit canidé au pelage gris le regardait dubitativement.

« Je…je suis russe, tu vois ? Moi avoir accent, moi être oie très spéciale. »

Le petit s’approcha lentement :

« C’est gentil les russes ? »

« Euh…disons que…moi oui je suis gentil. »

Puis une pensée vient à l’esprit  de l’oie : la mère !! Si elle sent Boris, il était fait !

« Eh bien maintenant retourne voir ta maman hein moi je dois partir ! »

« Oh mais ma maman est très gentille ! »

« J’en doute pas j’en doute pas ! » Disais Boris, inquiet, marchant à reculons à mesure où le petit s’avançait.

« Balto ! »

Boris cru avoir un arrêt cardiaque, il regarda dans la direction d’où venait cet appel à la fois ferme et doux.

« Maman ! »

Le petit louveteau courra vers sa mère, une grande louve blanche qui se fondait avec la neige et qui regardait l’oie curieusement.

« Maman, c’est un russe, mais gentil. »

« Oy je préfèrerait être sur la place rouge. » lâcha Boris dans un humour sinistre destiné à lui-même.

« S’il est gentil, on va le laisser reprendre son vol tranquillement. » dit la louve, d’une voix très posée, avec un regard bienveillant sur son fils.

« Oh, euh oui oui je dois partir pour migration très loin d’ici…euh… je pars ! » Boris tenta de s’envoler, mais après quelques mètres, un vertige le pris, et il retomba maladroitement sur la neige.

«HAHAHA » riait Balto avec éclats.

« Tiens donc, une oie qui ne sait pas voler ? » s’amusait également la louve.

Soudain, la louve entendit le crissement de la neige non loin d’eux.

« Balto court à la tanière » dit-elle, en reprenant son ton ferme. Balto semblait avoir compris qu’il s’agissait d’une alerte sérieuse, et s’exécuta, oubliant l’oie ensevelie par la neige.

Un coup de feu. Plus un bruit.

Boris releva la tête, plus personne n’était là, mais il avait entendu. Il s’approcha discrètement du lieu du drame, et comprit ce qui s’était passé.

L’oie à ce moment, eu un instinct, celui d’aller chercher le petit. Il avait compris que les chasseurs retrouveraient sans mal la tanière. Boris suivit les traces du petit jusqu’à la tanière.

« Balto ?!, Balto ?!, vociféra l’oie dans la tanière. Le petit sorti la tête. Il faut sortir vite ! »

« Et maman ? »

« Je t’expliquerai, pour l’instant suit moi. »

Boris suivi du louveteau s’extirpait de la tanière, mais les chasseurs étaient déjà là.

« Vite Russe, envole toi ! »  disait Balto, avant de mordre la patte de Boris. Ce dernier ressenti la douleur de la veille, mais n’eut pas de mal à comprendre pourquoi Balto l’avait fait. L’oie pris de l’élan, et entre deux coups de feu, tenta de s’envoler, mais après quelques coups d’aile, le vertige le repris, terrifiant, tétanisant l’oie qui retombait avec le louveteau. Par hasard, ils retombèrent dans une petite crevasse.

« Tu vas bien petit ? » demanda Boris, Balto lâcha prise et hocha la tête.

Les heures passaient, les chasseurs ne les avaient pas trouvé, et Boris avec tacte, avait expliqué à Balto ce qui s’était passé. Il lui avait raconté, qu’il venait de loin, qu’il s’était pris dans la tempête, qu’il ne peut plus voler, et que sa mère ne reviendrait pas…

Le vent se levait de nouveau. Tous deux passèrent la nuit dans cette petite crevasse, dans une triste mélancolie. Mais le sommeil était difficile à trouver malgré la fatigue.

« Boris ? »

« Oui ? »

« J’ai froid. »

Le louveteau se blottit contre Boris.

« Pourquoi les hommes sont méchant ? »

Boris ne savait guère comment répondre. Pour lui, les loups étaient tout autant une menace que les hommes. Mais en voyant la clémence de la louve, et l’intelligence du petit, il s’était pris d’affection et avait beaucoup réfléchit.

« Beaucoup se posent la question, personne ne sait. Un être humain de mon pays a un jour dit, Le ciel était si étoilé, un ciel si lumineux, qu’à lever les yeux vers lui on devait malgré soi se demander : se peut-il que sous un pareil ciel vivent des hommes irrités et capricieux ?  (Dostoïevski, Les nuits blanches de Fédor)

« Je comprends pas. »

« Il dit, que le monde est si beau, qu’il parait difficile d’imaginer qu’on puisse parfois se comporter mal. C’est pour ça que nous ne comprenons pas. »

« Tous les hommes sont comme ça ? »

« Chacun être différent Balto, certains sont des ennemis naturels, mais d’autres sont parfois, simplement cruels. »

Après un instant il reprit : « Les loups, les hommes, mangent les oies comme moi. Je n’aime pas les loups ni les hommes pour ça. » Avoua Boris. « Mais les hommes ne mangent pas les loups. Là est la cruauté. Et les loups ne devraient pas manger plus qu’il ne faut d’oie non plus. Là est l’équilibre. »

Balto s’était endormi. Boris le suivi.

Le lendemain matin, tous deux souffraient : courbatures, froid, faim, soif… Il fallait se bouger.

«Je connais un point d’eau ! » dit Balto avec enthousiasme. Boris était surpris de voir l’énergie qui émanait de cet enfant, encore sans doute sous le choc de la perte de sa mère. L’oie ne dit rien et le suivi. Sur le chemin, Boris se rendit bien compte, qu’il ne pouvait s’occuper d’un loup. Mais alors qui le ferait ?

Quand le problème de la faim se posa, Boris eut une idée.

« On n’a qu’à prendre aux humains ! » dit-il fièrement. Balto recula devant cette idée, il n’avait guère envie de voir un humain. Mais Boris insista. C’était peut-être risqué, mais c’était probablement leur meilleur moyen de survie. Boris pensa naturellement au bateau échoué.

Arrivé au lieu du navire, Boris et Balto y trouvèrent de nombreuses réserves de nourriture. Mais le navire était en piteux état.

Finalement, Boris et Balto y restaient… l’un protégeant l’autre. Par chance, Balto avait été reconnu par la population comme moitié chien, moitié loup, ce qui le protégeait relativement de la chasse. Les humains ne s’intéressaient guère plus au navire, et tous deux ont pu vivre en paix sur leur petit bateau naufragé. Boris avait vu grandir Balto comme un père. Ces deux orphelins s’étaient trouvés pour se soutenir et survivre ensemble.

La suite, vous la connaissez…ce petit Balto grandit avec un rêve, et Boris garda toujours son humour cynique, son accent russe, et son affection pour ce petit louveteau.