Cassandra fixait le mur, frustrée. Cette peste de Calliope venait de réaliser un petit tour de magie l'éloignant de ce précieux objet qu'elle convoitait pour contrôler la confrérie... Cet objet qui lui revenait de droit!
Le fantôme qui l'accompagnait, pour sa part, ne perdit pas pour autant le sourire.
-Il semblerait que nous allons avoir besoin d'obtenir cette clé après tout...
-Calliope l'a envoyé à Raiponce, répondit la jeune femme en serrant les poings. Je doute qu'elle nous la remette gentiment.
-Nous? Non. Mais il se pourrait que nous ayons d'autres moyens à notre disposition...
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Raiponce était rentrée de la taverne du canard boiteux, songeuse. La nuit porte conseil, lui avait-on dit, courir à la rencontre de Calliope alors qu'elle lui avait fait parvenir cette clé à protéger n'était sans doute pas sans conséquence, et probablement pas la solution idéale. Pour autant, le grand coeur de la princesse lui dictait d'aller porter secours à la gardienne de toutes ces précieuses reliques, d'autant plus que son message était inachevé... Pourquoi se faisait-elle tant de soucis pour la personne qui avait réussi à lui taper le plus sur les nerfs, d'ailleurs? Son bon coeur la perdrait un jour... Et qu'est-ce que Cassandra pouvait bien rechercher là-bas? Que manigançait-elle encore? A quoi servait cet objet?
La princesse fit tourner la clé entre ses doigts, posant son bras contre la vitre fraîche de sa chambre alors que son regard se portait sur l'horizon, le soleil déclinant doucement. Tout aussi paisible que puisse être la vue, son esprit restait tourmenté... Cassandra.
Raiponce connaissait l'adage "on ne réalise la valeur d'une chose que lorsqu'on la perd". Elle avait toujours été sceptique vis-à-vis de celui-ci, réalisant la chance qu'elle avait d'avoir sa famille, un homme qui l'aimait, de précieux amis, et elle iradiait de bonheur comme le soleil dont elle était issue mais... elle ne réalisait que trop bien aujourd'hui à quel point ce dicton était fondé ; elle réalisait la la valeur de la chose qu'elle avait perdue... Cassandra.
La princesse soupira. Y avait-il encore un espoir de réconciliation après le clash advenu entre elle? Elle l'espérait. Elle ne parvenait pas à se défaire de sa dame d'honneur. Elle ne pouvait pas se résigner à accepter cette perte. Son amie était toujours là, quelque part, elle le savait. Et elle l'aimait. Probablement plus qu'elle ne le devrait... Cassandra.
Elle avait soupiré son nom, le coeur lourd, lorsque quelqu'un toqua soudain à la porte. La princesse retira le bras contre lequel elle avait appuyé son front contre la fenêtre pour se retourner vers l'inconnu qui entrebaillait la porte, s'aventurant dans sa chambre. Personne d'autre qu'Eugène et Cassandra ne se serait permis de faire une telle chose sans attendre son autorisation, aussi ne fut-elle pas surprise de découvrir Eugène, lui apportant un petit cupcake avec un sourire en coin.
-Quelqu'un a commandé un cupcake, je crois?
Elle lui offrit un petit sourire réconforté, bien qu'elle ne l'était pas pleinement.
-Ah, Eugène, c'est adorable.
-Tu vas bien? S'enquit le futur prince, soucieux.
-J'ai connu des jours meilleurs, se contenta-t-elle de répondre avec un petit sourire triste, prenant l'assiette des mains de l'ex-voleur pour retourner s'asseoir à sa fenêtre.
Il y eut un petit silence avant qu'elle n'admette:
-Cassandra me manque.
Eugène frisonna. Il ne s'était pas attendu à ça, aussi s'avança-t-il vers la fenêtre, s'asseyant en face de Raiponce, posant une main sur son épaule alors qu'il répondit de sa voix la plus réconfortante :
-Hey, hey, c'est normal. Et si tu as besoin d'en parler, sache que je suis là. J'ai toujours pressenti que c'était une bombe à retardement mais...
Voyant que Raiponce le fusillait du regard, il s'empressa d'ajouter :
-... Mais il y a moyen de l'empêcher d'exploser! Si tu me confiais cette clé, Raps-- blondie, je pourrais la cacher quelque part où elle ne la trouverait jamais! Je suis un voleur, après tout. Et le meilleur qui soit, qui plus est. Elle ne pensera jamais que la clé m'ait été remise!
Raiponce détourna le regard, semblant réfléchir à la proposition. C'était loin d'être idiot comme solution, mais elle se refusait de le mettre en danger. Pas encore une fois. Et puis, s'il voulait vraiment cette clé, il pourrait toujours lui dérober lui-même plutôt qu'attendre qu'elle ne lui remette. Fronçant les sourcils, la princesse considéra la proposition en silence avant de regarder son vis-à-vis avec un petit sourire, caressant sa joue du bout des doigts.
-Merci d'être là, Eugène, et de proposer des solutions, ça compte beaucoup pour moi, mais... Je ne cacherais pas cette clé. Nous irons à sa rencontre demain.
Eugène sembla déstabilisé, probablement par ce qu'elle venait de lui annoncer, ou par la main délicate sur sa joue. Il bredouilla quelque peu sa réponse avant de reprendre contenance:
-Tr-très bien, comme tu voudras, princesse.
Il se leva, s'avança vers la porte, s'arrêta au milieu de la pièce avant de se tourner vers la princesse et ajouter:
-Je pensais juste pouvoir aider avec ce que je sais faire de mieux - une bonne planque pour l'objet, horripiler Cassandra... Je respecte ta décision, blondie, mais peut-être devrais-tu laisser la clé ici pour qu'elle ne tombe pas entre leurs mains...? Je pense que--
Raiponce s'était levée pour rassurer Eugène qui semblait douter de son rôle dans l'histoire. Avant qu'il n'ait pu terminer sa phrase, elle avait pris ses mains et l'avait embrassé tendrement... Mais la princesse fronça les sourcils lors de l'échange, sentant que ce baiser était différent. Peut-être était-ce parce qu'Eugène ne s'y était pas attendu, peut-être était-ce aussi parce qu'il avait été en train de parler, mais elle sentit que quelque chose était réellement différent. Plus fort.
La jeune homme ne réagit pas de suite, figé par les lèvres qui effleuraient les siennes. Lorsque son cerveau fut enfin en mesure d'assimiler l'information, il eut un mouvement de recul, trébucha sur la cape qu'il portait, l'arrachant de son dos... et la chose la plus incroyable se produisit : Raiponce se retrouva nez-à-nez avec Cassandra.
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-C-Cassandra?!
Elle n'en croyait pas ses yeux. Etait-elle en train de rêver?! La cape! La cape lui avait permis de prendre l'apparence d'Eugène afin de lui soutirer la clé sans avoir à combattre! C'est pour ça qu'elle avait senti quelque chose de différent! Quelque chose de bien plus fort que ce qu'elle avait ressenti à ce jour...
La jeune femme à la pierre de lune eut un mouvement de recul, réalisant que son identité venait d'être révélée au grand jour. Elle jeta un oeil par la porte, sentant bien que le château grouillait de garde et qu'elle ne pourrait pas filer sans causer de nouveaux dégâts, ce qu'elle ne souhaitait pas faire. Elle considéra la fenêtre, mais Raiponce lui attrapa les mains, la figeant à nouveau.
-Cassandra, tu n'as pas à t'enfuir, s'il-te-plait, écoute-moi.
Estomaquée, incapable de réfléchir ou de prononcer la moindre parole après la façon dont les événements s'étaient enchaînés si vite et ce qu'elle avait ressenti, Cassandra se contenta de regarder la princesse alors que celle-ci effleurait la pierre à son coeur, remontant le long de son épaule pour toucher à nouveau sa joue, bien plus délicatement encore qu'elle ne l'avait fait un peu plus tôt. Ses yeux émeraude plongèrent dans les siens avec une tendresse qu'elle ne lui avait encore jamais vu alors qu'elle murmura simplement:
-Je t'aime.
Et sans un mot de plus, elle parcourut le peu de distance qui séparait encore leurs lèvres pour les unir dans un baiser délicat, chargé d'un amour qu'elle avait ignoré jusque là. Cassandra sentit toute la rancoeur qu'elle avait, tous les murs qu'elle avait érigés, voler en éclats. Le baiser fut bref, mais lui sembla durer une éternité tant elle réalisa toutes les erreurs qu'elle avait commises lors de celui-ci, sentant ses muscles tendus, suite à la découverte de son
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